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Du catholicisme traditionalisme au rationalisme sérieux et érudit.

 

 

 

Beaucoup de gens traitent des questions religieuses avec un sectarisme bien déplorable. Nombreux sont les sites athées ou rationalistes qui utilisent les amalgames, les mensonges, la désinformation pour contrer la religion catholique. Comme l'a écrit Renan, pour pouvoir bien faire la critique de ces choses et être à même de comprendre le processus de la croyance, il faut avoir cru soi-même. Malheur à ceux qui sont nés rationalistes brevetés car une grande partie de la psychologie humaine leur échappera toujours !

 

 

Au long du XIXe et du XXe siècle, certains prêtres catholiques commencent à douter de la véracité de l’Evangile. L’exégèse critique biblique se développe, et nous verrons ainsi des prêtres ou exégètes rompre avec le traditionalisme pour devenir « moderniste » (Ernest Renan, Alfred Loisy, Charles Guignebert), puis d’autres (Louis Hériot, Joseph Turmel, Prosper Alfaric) allant plus loin jusqu’au rationalisme le plus complet.

Ernest Renan est le grand initiateur du mouvement d’exégèse critique biblique, et Prosper Alfaric représente l’aboutissement logique de tout ce travail : un rationalisme non polémique, non haineux, mais sérieux et érudit. Prosper Alfaric est notre modèle. Ses écrits restent une référence et jamais une critique sérieuse n’a pu contrer ses écrits.

 

Ernest Renan avait déjà senti la morsure du doute, au séminaire Saint-Sulpice, quand il était encore l’abbé Renan, et c’est pour cela qu’il s’était séparé de ses maîtres.

La critique renanienne parut, en son temps, très radicale. Pourtant une étude attentive des documents utilisés a montré depuis lors qu’elle restait timide et fort insuffisante. Par une ironie singulière du sort, ce fut un homme d’Eglise, l’abbé Alfred Loisy, d’abord professeur à l’Institut catholique de Paris, qui en fournit la preuve la plus nette. Après avoir pris la plume pour défendre le point de vue catholique contre les négations de Renan, il en vint non pas seulement à adopter ses thèses, mais à les dépasser.

Charles Guignebert, venu comme Loisy du catholicisme, s’en est détaché de bonne heure. Il a soutenu, à la Sorbonne, jusqu’à sa mort survenue comme celle de Loisy en 1940, des doctrines à peu près identiques, mais plus radicales encore.

 

Prosper Alfaric ne peut cependant croire ni au moraliste exquis de Renan, ni au prétendant messianique de Loisy, ni au prophète obscur de Guignebert. De bonne heure, il en est venu à se demander si Jésus avait vraiment existé. Et il répond par la négative avec des arguments irréfutables.

 

Voici une petite présentation de ces auteurs qui sont partis de la foi catholique, qui ont été élevés par l’Eglise dans le respect des Evangiles et que leurs études ont amenés à répudier de plus en plus nettement ces vieux textes dont s’est nourrie pendant dix-huit siècles l’imagination des croyants :

 

 

1) Ernest Renan (1823-1892)

 

 

 

Historien, philologue, critique, professeur. Ernest Renan est né le 23 février 1823 à Tréguier (Côtes du Nord). Il est mort à Paris, le 2 octobre 1892.

Destiné dès l’enfance à la prêtrise, il fit ses premières études à l’école ecclésiastique de Tréguier (1832-1838). Il vient ensuite à Paris achever ses « humanités » à Saint Nicolas du Chardonnet dirigé par le futur Monseigneur Dupanloup (1838-1841). Il commence ses études de théologie au séminaire d’Issy (1841-1843). En 1843 il entre au Grand Séminaire de Saint-Sulpice et le quitte deux ans plus tard, à la rentrée d’octobre 1845.

Au contact de l’enseignement scolastique et exégétique, il a en effet senti s’évanouir sa vocation sacerdotale.

Cette révolution religieuse fut, avec celle de Lamennais, la plus retentissante du XIXe siècle du point de vue de ses conséquences sur l’attitude en face du christianisme que vont prendre jusqu’à la guerre de 1914 diverses générations intellectuelles françaises. Cette perte de la foi est remarquablement contée dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1883). En fait, Renan n’a jamais été profondément croyant. Sa foi découlait d’habitudes familiales et d’émotions enfantines et surtout d’un idéalisme religieux typiquement celte, dont le philosophe ne cherchera jamais à se débarrasser. Ce furent la découverte de la littérature romantique, puis la philologie et surtout la philosophie allemande, et, plus encore, l’influence de sa soeur Henriette qui ébranlèrent définitivement ce christianisme superficiel.

 

Ayant quitté le séminaire, Renan trouve une place de répétiteur dans une école privée où, de 1845 à 1849, il mène une vie pauvre, solitaire et ascétique, consacrant tous ses moments de loisir à la préparation de ses études universitaires et à ses entretiens avec Lancelin Berthelot

En septembre 1848, il est reçu premier à l’agrégation de philosophie. Agé seulement de vingt-cinq ans, il entreprend la rédaction de L’Avenir de la science qu’il laissa longtemps inédit sur les conseils d’Augustin Thierry et qui ne paraîtra que quarante ans plus tard en 1890. C’est un livre de jeunesse où s’affirme la certitude d’un déterminisme universel rejetant tout surnaturel et un culte lyrique et presque mystique de la science positive.

 

Il est alors chargé de mission en Italie en 1849 et 1850 et visite Rome, Florence, Padoue, Venise tout en préparant sa thèse de doctorat sur Averroès et l’Averroïsme qu’il présente en 1852.

Car dès son départ du séminaire, il a consacré ses principales recherches aux langues et aux philosophies orientales Elles obtiennent un premier succès avec la parution en 1855 de L’histoire générale et système comparé des langues sémitiques. A la même époque Renan donne à la Revue des Deux Mondes et au Journal des Débats de nombreux articles qui seront collationnés dans Études d’histoire religieuse (1857) et dans Essais de morale et de critique (1859).

Il sera membre de l'Académie des Inscrip­tions et Belles-Lettres (1856) ; professeur de langues sémitiques au Collège de France (1862) ; membre de l'Académie française (13 juin 1878).

Sa renommée s’affirme à partir de 1862 au retour d’une mission archéologique en Phénicie, Syrie, Galilée Palestine au cours de laquelle il a la douleur de perdre sa soeur Henriette, morte à Amschit le 24 septembre 1861.

Renan se voit alors confier la chaire d’Hébreux au Collège de France. Il a alors 39 ans seulement. Mais, dès son premier cours, il sera révoqué, ayant prononcé ces mots jugés sacrilèges : « Jésus, cet homme admirable. »

 

Il décide de publier La Vie de Jésus en 1863. C’est un des événements du siècle, dont le succès est considérable en librairie et qui fut traduite dans toutes les langues du monde. Ainsi, il vulgarise, dans un des plus beaux style de la littérature française, les travaux de l’exégèse allemande en reprenant les thèses de David Strauss. Il pose ainsi, devant le grand public, le problème du Christ Jésus en rejetant toute intervention divine ou surnaturelle.

Renan a été parfois surnommé « l’enchanteur ». Il le fut en effet comme Chateaubriand l’avait été cinquante ans plus tôt. Et cela, en grande partie grâce à la magie de son style.

 

Mais il faut bien avouer que sa Vie de Jésus est davantage un ouvrage de polémique agrémenté d’une poésie certaine et qui tend au romanesque plutôt qu’au scientifique. Cependant, il aura eu pour résultat d’intéresser une large partie du public à des problèmes qui, depuis Voltaire, avaient été mis en sommeil sous l’influence de diverses Églises.

Renan revient ensuite à des travaux plus sérieux avec son Histoire des Origines du Christianisme (1863-1883). Restant fidèle à sa méthode consistant à rejeter, en matière religieuse, toute intervention divine et tout mystère pour n’accepter que les faits « scientifiquement » explicables et prouvés, il ne renonce pas cependant à aimer et faire aimer la beauté.

Si, à Athènes qu’il visite en 1865, il exalte le « miracle grec » dans un des plus beaux textes de la littérature française, il garde cependant une sensibilité chrétienne. Bien que rejetant les dogmes du catholicisme, il n’en continue pas moins d’admirer l’histoire judéo-chrétienne et le montre bien dans l’Histoire des Origines ou l’Histoire du peuple d’Israël (1887-1893) au point que le lecteur, en lisant cette oeuvre, en arrive à ressentir la présence du miracle que rejette pourtant le scientisme sourcilleux de l’auteur.

Jamais un esprit ne fut moins sectaire qu’Ernest Renan. Son rêve est de concilier toutes les expressions philosophiques et religieuses de l’humanité.

Après 1870 et la chute de l'Empire, il est réintégré dans son poste de professeur au Collège de France.

Grand maître du scepticisme moderne et « tissu de contradictions », suivant lui-même. Avec « La vie de Jé­sus » (1863), s'affirme comme le cham­pion du positivisme historique, encore que, pour lui, les faits historiques ne soient qu'un matériau que le psychologue interprète pour mieux comprendre les tendances fondamentales de l'esprit hu­main. La grande idée dominatrice de toute son oeuvre - prétendue athée, alors qu'elle est une recherche de Dieu en dehors de la religion catholique et par la seule méthode rationnelle, ou mieux, rationaliste - est résumée par sa phrase favorite : « Le christianisme est un .fait juif. » En politique, se montra antidémocrate convaincu, de conception aristocratique et même monarchique. Dans son livre « La Réforme intellec­tuelle et morale » paru en 1871, il écri­vait : « La France est (...) le résultat de la politique capétienne continuée avec une admirable suite. (...) Voilà ce que ne comprirent pas les hommes ignorants et bornés qui prirent en main les destinées de la France à la fin du siècle dernier. Ils se figurèrent qu'on pouvait se passer de roi ; ils ne comprirent pas que, le roi une fois supprimé, l'édifice dont le roi était la clef de voûte croulait. » Et en­core : « L'élection encourage le charla­tanisme, détruit d'avance le prestige de l'élu, l'oblige à s'humilier devant ceux qui doivent lui obéir (...) La fatalité de la République est de provoquer l'anar­chie et de la réprimer très durement (...) La majorité numérique peut vouloir l'injustice, l'immoralité, elle peut vouloir détruire son histoire et alors la sou­veraineté de la majorité n'est plus que la pire des erreurs. » Ce qui ne l'avait pas empêché de se présenter comme candidat à la Chambre dans la circonscription de Meaux en 1869, sans succès d'ailleurs. Principaux ouvrages : « L'histoire des origines du christia­nisme » (7 vol. comprenant « Vie de Jésus », 1863 ; « Les Apôtres », 1866 ; « Saint Paul », 1869, « L'Antéchrist »,1873, « Les Evangiles », 1877 ; « L'Eglise chrétienne », 1879 ; « Marc-Aurèle », 1881), « Histoire du peuple d'Israël (5 vol., 1887-1893), « Qu'est-ce qu'une nation » (1879), « Drames philosophi­ques » (1888), « Avenir de la science » (1890).

 

 

2) Alfred Loisy (1857-1940)

 

 

Né dune famille de paysans ; se fait remar­quer par ses capacités précoces ; ordonné prêtre avec dispense d'âge, est nommé curé de cam­pagne.

Auditeur de Renan pour l'hébreu au Collège de France, il s'initie, à l'Ecole des Hautes Etudes, à diverses langues orientales (assyrien, égyptien, syriaque, éthiopien). Perd ses illusions religieuses en 1885 ; prépare cependant un doctorat en théologie ; soutient sa thèse sur l'histoire du Canon de l'Ancien Testament (1890). Professeur à l'Institut Catholique de Paris, il traite, dans un esprit moderniste, de l'Histoire du Canon du Nouveau Testament (1890) et fait paraître une revue bi-trimestrielle, l'En­seignement biblique (1892). Suspect à l'autorité épiscopale, il démissionne et devient aumônier du pensionnat des dominicaines de Neuilly-sur-Seine (1894). Il fonde la Revue d'Histoire et de Philosophie religieuse (1896) ; mais l'encyclique de Léon XIII du 8 septembre 1899, hostile à tout libéralisme, le rend malade ; il se démet de ses fonctions et s'installe, grâce à l'académicien Thureau-Dangin, à Bellevue où il continue ses travaux sous divers pseudo­nymes (Desprès, Firmin, Sharp, etc.). Démasqué et furieux de l'intervention du cardinal Richard, « ce cadavre intellectuel, ce saint fossile », il renvoie les 800 francs qu'il tenait de l'arche­vêché au titre des « prêtres infirmes ». Paul Desjardins le fait nommer professeur suppléant à l'Ecole pratique des Hautes Etudes (1900). Mais Loisy ne renonce pas à ses ambitions ecclésias­tiques et laisse poser sa candidature à deux évêchés ; il est évincé : « Il vaudrait mieux, disait le nonce Lorenzelli, nommer Hyacinthe Loyson ; lui, au moins, croit en Dieu ». Après la publi­cation de Autour d'un petit livre (le 4° évan­gile), le Saint-Office s'émeut et condamne cinq de ses ouvrages. Sommé de se rétracter, Loisy finit par se soumettre (1904) ; mais il abandonne son cours et se retire à Garnay, dans la propriété de Thureau-Dangin (1904), puis près de sa soeur à Ceffonds (Haute-Marne), en 1907. L'année suivante il publie Les évangiles synoptiques et Simples réflexions sur le décret du Saint-Office. Menacé de nouveau, il refuse de céder, et il est frappé d'excommunication majeure (1908). Peu après, la mort de Jean Réville laisse vacante la chaire d'histoire des religions du Collège de France, et il y est nommé (1909). Désormais, sa vie n'est plus que celle de ses cours et de ses écrits, rédigés cette fois sans équivoque.

Travailleur infatigable, Loisy s'est tenu au courant, pendant plus de cinquante ans, de tout ce qui paraissait en trois ou quatre langues sur les origines chrétiennes et l'exégèse des textes chrétiens. Il a laissé une oeuvre consi­dérable comprenant une soixantaine de livres, deux cent trois articles et des inédits. Citons : La religion d'Israël (1901), L'Evangile et l'Eglise (1902), Essai historique sur le sacrifice (1920), Les Actes des Apôtres (1920), Les Mystères païens et le Mystère chrétien (1919), La nais­sance du christianisme (1933), Le Mandéisme et les origines chrétiennes (1934), Les origines du Nouveau Testament (1936), Histoire et mythe à propos de Jésus-Christ (1938 et 1939). Il a écrit aussi trois tomes de Mémoires parus en 1930-31, une réfutation de Bergson : Y a-t-il deux sources de la religion et de la morale ? (1933 et 1934), etc.

Nullement encyclopédiste, Loisy n'avait de curiosité que dans le champ de ses recherches. Même là il manqua de génie inventif ; ces progrès sont faits surtout d'oppositions et d'em­prunts : à Renan d'abord, aux protestants libéraux ensuite, puis aux mythologues. Il excelle dans l'art de s'approprier les idées d'autrui ; à Reitzenstein il prend l'idée que le christianisme est une religion de mystère ana­logue à celles du paganisme ; à Bousset et à Norden leur conception du Paulinisme : à l'Ecole formative ses principes d'exégèse ; au P. Schmidt et à Couchoud, la notion du style rythmé ; à Turmel l'idée d'une refonte tardive des épîtres pauliniennes par des rédacteurs gnostiques puis catholiques. Son seul tort fut de ne pas rendre suffisamment justice à ses devanciers et, parfois, de les outrager en les pillant. Leur influence, non moins que son approfondissement personnel des textes, l'a conduit par degré à une position voisine de celle des mythologues : les évangiles n'ont aucune valeur historique ; le christianisme a été fondé non par Jésus, mais par les générations chrétiennes du second siècle, imbues de la mentalité païenne. Loisy retient néanmoins la crucifixion de Jésus pour cause d'agitation messianique, et il lui attribue une prédication humanitaire assez banale. Cette évolution de la pensée du savant marque un enrichissement continu, un souci scrupuleux et constant de vérité. Son style est inégal, parfois ondoyant et obscur, parfois digne d'un grand écrivain ; il excelle dans la polémique où ses mots à l'emporte-pièce rappellent Voltaire. Susceptible, impatient, autoritaire, Loisy s'est aliéné des sympathies nombreuses et dévouées. Ce côté inquiétant de sa nature contraste avec son érudition profonde, son intelligence vive, nuancée, acérée, ses talents d'exposition et d'élocution et, malgré ses louvoiements, sa courageuse ténacité.

 

 

3) Charles Guignebert (1867-1938)

 

 

Historien français. Professeur à la Sorbonne à partir de 1906. Historien du christianisme.

Ses principaux ouvrages : Tertullien (1901), Manuel d’histoire ancienne du Christianisme (1907), Modernisme et tradition catholique en France (1908), La primauté de Pierre et la venue de Pierre à Rome (1909), Le problème de Jésus (1914), Le christianisme antique (1921), La vie cachée de Jésus (1921), Le christianisme médiéval et moderne (1927), Jésus (1933), Le monde juif vers le temps de Jésus (1935), Le Christ (ouvrage posthume, 1943).

Guignebert croyait à l’existence historique de Jésus, mais d’un Jésus qui a été recouvert du mythe du Christ.

 

 

4) Joseph Turmel (1859-1943)

 

 

 

 

Né à Rennes dans une famille nombreuse, de parents pieux, illettrés et très pauvres, remarqué pour sa vive intelligence, il poursuivit ses études au grand séminaire de sa ville natale, puis à la faculté de théologie d'Angers. Ordonné prêtre en 1882, il fut nommé aussitôt professeur de théologie dogmatique au grand séminaire de Rennes.

D'une foi ardente, il travaillait beaucoup pour défendre l'Eglise contre les incrédules. Mal lui en prit. Cette année même, le commentaire de Gesenius sur Isaïe fit naître des doutes en son âme candide ; ils s'accrurent lorsqu'il étudia le Pentateuque. Malgré ses efforts pour se convaincre d'erreur, il ne pouvait rien contre une évidence incoercible : le 18 mars 1886 il s'avoua à lui-même qu'il ne croyait plus. Une rupture avec l'Eglise eût été « un coup de poignard » pour ceux qu'il aimait ; il vivait dans un milieu étouffant. Alors il travailla seul, dans le secret, jusqu'au jour où un jeune clerc, à qui il avait confié sa pensée, mit l'autorité au courant de ses travaux. Il dut donner sa démission, remettre ses manuscrits : 23 cahiers de 5 000 lignes furent livrés aux flammes « pour la plus grande gloire de Dieu ».

Aumônier des Petites soeurs des pauvres de Rennes (1893), il continue ses travaux solitaires sans beaucoup d'espoir de les publier, Heureusement un prêtre breton fait connaître son Angélologie à Loisy et à Lejay ; ils enrôlent Turmel dans leur équipe de la Revue d'Histoire et de Littérature religieuse, et publient sous son nom, outre cette étude (1897-98), L'escha­tologie à la fin du IVe siècle (1900), L'histoire du péché originel (1900-04) et des séries d'articles remarquables et remarqués. Mais la qualité ini­mitable de ses écrits fut reconnue, malgré ses pseudonymes, lorsqu'il traita de La Trinité et de La Sainte-Vierge (1906-07). Les aiguillons de l'orthodoxie se dressèrent. Turmel ne se croyant pas tenu de renseigner une « École de mensonge », nia avoir rédigé les articles incriminés (1908). Depuis 1903 il avait résilié son office d'aumônier pour seconder le curé d'une pa­roisse. Il avait des loisirs ; il les employa. Sa personnalité disparut, mais sa pensée fleurit sous une foule de noms d'emprunt (1909-30) : Louis Coulange, Henri Delafosse, Armand Dulac, Antoine Dupin, Guillaume Herzog, Edmond Perrin, J. Téherro, Joseph Tromelin, etc.

Cependant, l'épiscopat veillait. A la suite de l'identification du faux « Gallerand », et trompé par le vicaire général Poüt qui lui promettait le secret, le savant, mis en confiance, déclina ses quatorze pseudonymes et fut frappé d'ex-communication majeure (1930). Son activité n'en fut pas altérée ; jusqu'à sa mort il publia d'admirables travaux, dont sa monumentale Histoire des dogmes (6 tomes, 1931-1936).

On connaît de lui 143 articles d'importance, des comptes-rendus, diverses brochures et près de trente ouvrages. Citons : L. Coulanges (pseud.) : La Vierge Marie (1925) ; La messe (1927) ; Ca­téchisme pour adultes I., II., (1929-30) ; H. Delafosse (pseud.) : Le quatrième évangile (1925) ; Les écrits de Saint Paul (4 volumes, 1926-28) ; Les Lettres d'Ignace d'Antioche (1927) ; Turmel : Histoire du diable (1931) ; Comment j'ai donné congé aux dogmes (1935), Réfutation du catéchisme, etc.

La valeur de cette oeuvre provient d'un contact immédiat avec les textes. Une vision neuve, alliée à une érudition prodigieuse, permit à Turmel d'établir les variations des croyances. Il est le plus grand historien de la dogmatique chrétienne. Doué d'imagination scientifique, il a renouvelé l'exégèse du Nouveau Testament en prouvant que les lettres d'Ignace sont beaucoup plus tardives qu'on ne le supposait, que la première rédaction est marcionite et date au plus tôt de 135, que ses remaniements sont de 190-211. Il s'ensuit que les documents cités par le pseudo-Ignace peuvent être reculés d'au tant, et que l'existence charnelle de Jésus était ignorée au second siècle d'une partie de la chrétienté. Turmel a mis aussi en lumière le rôle du marcionisme dans l'élaboration du IV° Evangile où un Christ spirituel s'oppose à un Christ charnel. Il a fait des constatations ana­logues au sujet de la littérature paulinienne où il distingue de courts billets attribuables à Paul, des remaniements marcionites et des addi­tions catholiques. Ses recherches ont ouvert des voies nouvelles où se sont engagés Loisy, Guignebert, Merlier, et surtout l'Ecole mytho­logique à laquelle, d'ailleurs, Turmel n'appar­tenait pas. Son style est concret, fort clair, accompagné d'une pointe d'humour ; il démonte avec agrément les rouages de doctrines subtiles.

La vie lamentablement recluse de ce génie longtemps méconnu ne lui a pas accordé la célébrité dun Renan ou dun Loisy. Pourtant il les dépasse par la puissance de la découverte et la vigueur de l'argumentation.

 

 

5) Prosper Alfaric (1876-1955)

 

 

 

Né à Livinhac-le-Haut (Aveyron), le 21 mai 1876, mort à Paris le 28 mars 1955. Reçut l’ordination le 1er avril 1899. Professeur de philosophie au grand séminaire de Bordeaux puis de Bayeux, professeur de dogme au séminaire d’Albi.

D’origine modeste, formé par des prêtres pour la prêtrise et l’enseignement du dogme, il quitta l’Eglise en 1910, pour des raisons purement intellectuelles : ses études d’histoire religieuse l’avaient amené à des positions inconciliables avec la foi chrétienne.

Licencié de philosophie, puis docteur avec une thèse sur l’Evolution intellectuelle de Saint Augustin, il ne cessa d’étudier les origines chrétiennes et en particulier le problème du Christ, dont il était arriver à nier l’existence historique. Il devint Professeur d’histoire des religions à la Faculté des Lettres de Strasbourg. Il présida le Cercle parisien de la Ligue de l’enseignement et il défendit les idées laïques en Alsace. En 1932, il publie Le problème de Jésus et les origines du christianisme, ce qui lui valut l’excommunication majeure en 1933.

Quand l’Union Rationaliste avait été fondée en 1930, il y avait eu naturellement sa place. Il devait y tenir un rôle de plus en plus important, surtout après sa retraite en 1945 (ou il devint vice-président puis président). Il est également fondateur du Cercle Ernest Renan.

Outre de nombreux articles dispersés dans des revues savantes ou modestes, Prosper Alfaric a laissé le récit de son évolution personnelle, De la foi à la raison (1955).

Après sa mort, l’Union Rationaliste a publié un recueil de ses articles, A l’école de la raison, et tout ce qui a été retrouvé de son grand ouvrage, Les origines sociales du christianisme.

 

Simple, cordial, prodigieusement érudit, d’une bienveillance inépuisable, aussi généreux d’esprit que de cœur, il a laissé à tous ceux qui l’ont connu un souvenir très cher et un précieux exemple de probité intellectuelle et morale.

 

Nous invitons tous nos lecteurs qui veulent lire les arguments bétons contre l’existence de Jésus à acheter cet ouvrage paru en 2005 qui rassemble de nombreux textes de Prosper Alfaric :

 

Prosper Alfaric, Jésus a-t-il existé ?, Editions coda, 2005. Disponible partout. Préface de Michel Onfray.